Japon, XIII, Fédérale 1 : qui est Chris Gabriel, le géant néo-zélandais qui débarque à Castres ?

Publié le 17/06/2026
Louis

C’est officiel. Le Castres Olympique a officialisé ce mardi soir l’arrivée du deuxième ligne néo-zélandais de 26 ans, Chris Gabriel. Ce joueur au gros gabarit (2,03m-128kg) évoluait jusque-là à Nevers en Pro D2 et s’est engagé pour les deux prochains exercices. C’est un joli coup de la part du club tarnais, qui enrôle un élément aguerri aux joutes de la deuxième division : “Nous sommes heureux d’annoncer l’arrivée de Chris Gabriel, qui s’est engagé avec le club jusqu’en juin 2028. Âgé de 26 ans, le deuxième ligne néo-zélandais vient renforcer le pack castrais avec son imposant gabarit et son profil de joueur d’impact,” peut-on lire sur le site officiel du CO.

Gabriel retrouvera Xavier Sadourny, qu’il a croisé alors qu’il venait tout juste de rallier Clermont. Car l’histoire de l’enfant d’Auckland est folle. Son premier contact avec la balle ovale se fait à XIII : “J’ai commencé à neuf ans par le XIII. Pour mon anniversaire, mes parents m’avaient offert un entraînement“, racontait-il à l’époque dans les colonnes de La Montagne. Le joueur s’éclate dans ce sport mais n’envisage à aucun moment un parcours professionnel. Il s’essaye aussi au VII, sans grand enthousiasme, poussé par ses oncles. C’est par hasard qu’il découvre le XV et s’y prend de passion. Avant cela, le grand gaillard préférait la boxe et avait décliné chaque appel du pied de son oncle pour rejoindre son club à XV. Toujours pour le quotidien, il racontait : “À un retour d’un entraînement de boxe, je me suis endormi dans la voiture et je me suis réveillé au club de rugby de mon oncle.” Celui-ci se trouve à Waitetama. Chris Gabriel est tout juste majeur et découvre les spécialités de la discipline quinziste à 19 ans, jusque-là inconnues pour lui. Nous sommes en 2018 : “J’ai appris que je pouvais garder le ballon, pas comme au XIII. Que l’on pouvait pousser en mêlée, et forcément récupérer une pénalité. Je ne comprenais pas pourquoi mes coéquipiers célébraient ça comme un essai.”

Clermont et la Fédérale 1

Le deuxième ligne passe par les Counties Manukau ou le Massey RFC, sans jamais réussir à s’imposer dans son pays natal. Les clubs de Super Rugby ne s’intéressent pas à ce joueur tout juste novice dans le XV. Finalement, il tape dans l’œil d’une écurie de troisième division japonaise en 2021, basée dans la ville de Kariya : les Toyota Industries Shuttles Aichi. C’est là-bas, que le Néo-Zélandais prend son envol et se fait remarquer par le board de Clermont qui le met à l’essai. Nous sommes à la fin de l’année 2022. Didier Retière, alors directeur du développement sportif de l’ASM, expliquait à ce moment-là pour Midi Olympique : “Un agent nous l’a proposé au départ. On cherchait ce profil de joueur très costaud et il a confirmé les attentes qu’on avait de lui en termes d’attitude et de potentiel lors de son stage. C’est un pari. On a échangé avec Christophe par rapport à la vision de l’effectif et il nous a dit banco. Il est grand, massif, se déplace beaucoup et plaque très bien […] Il a un début de carrière atypique, il est parti jeune pour le Japon et il est passé sous les radars en quelque sorte. C’est une personne qui a envie de réussir et respectueuse des valeurs du club. Il y a un truc à faire avec lui. L’environnement lui a plu. On ne l’a pas recruté sur des vidéos ou un CV.”

Gabriel débarque officiellement en mars 2023 en Auvergne. Problème ? À 23 ans, il n’est plus éligible avec les Espoirs. Afin de le faire s’aguerrir, le board jaune et bleu décide de l’envoyer à… Issoire en Fédérale 1 pour y terminer la saison : “Il va surtout travailler son jeu au poste et affronter des joueurs très différents de ce qu’il a pu connaître avant. On travaille bien avec le club d’Issoire, ils avaient beaucoup de blessés en deuxième ligne donc c’est bien pour tout le monde,” concluait Retière.

Encore au club à ce moment-là, Paul Jedrasiak ne tarissait pas d’éloges à son sujet, voyant en lui un profil à la Skelton, très massif, capable de porter le ballon : “C’est un deuxième ligne avec le même profil que Will Skelton. Jono Gibbes l’avait ramené en novembre dernier et il a fait ses preuves. C’est bizarre de voir un joueur si imposant et très timide ! J’espère qu’on jouera ensemble et qu’on ira loin .”

Éclosion à Nevers, direction le Top 14

Mais dans les travées du Michelin, Gabriel est finalement jugé encore tendre pour se frotter aux terribles exigences du Top 14. Pour sa première réelle saison en tant que rugbyman professionnel dans l’Hexagone, il est prêté en février 2024 à Nevers en Pro D2. C’est là qu’il va enfin faire parler son talent. Il dispute huit matchs en deuxième partie de saison, dont trois comme titulaire. Convaincus qu’il a toute la panoplie nécessaire pour exploser au plus haut niveau, les dirigeants nivernais signent officiellement le géant néo-zélandais à l’été 2024. Gabriel s’engage pour deux ans avec une année en option à l’USON.

Le deuxième ligne devient alors un rouage essentiel de son équipe. L’an passé, il prend part à 20 matchs, pour 19 titularisations. Ça y est. Ce petit enfant d’Aotearoa, biberonné au XIII, passé par la boxe et forcé à essayer le XV sur le tard par ses oncles, est enfin devenu l’une des références d’un club professionnel en France. Cette saison, malgré une vilaine entorse de la cheville survenue en septembre et qui l’a privé de quelques semaines de compétition, il joue 19 matchs (16 titularisations).

Joueur ultra-puissant, gros porteur de balle, Gabriel va donc enfin connaître le Top 14 après un premier passage manqué dans cette division. À Castres, on attend curieusement les premières charges de ce profil imposant, d’une timidité presque maladive et repéré sur le tard. Une belle histoire pour un joueur tombé amoureux de ce sport il y a à peine sept ans.