Ce dimanche (18:00), Provence Rugby accueille Perpignan dans un barrage d’accession qui sent la poudre. Les Provençaux, défaits par Vannes en finale de Pro D2, rêvent de Top 14 alors que les Catalans, rapidement fixés sur leur sort, préparent ce match depuis des mois. Dans cette confrontation qui ne manque pas de talents, deux joueurs manquent à l’appel. Et non des moindres. Deux indispensables à leurs équipes. D’un côté ? Jamie Ritchie, troisième ligne de l’USAP. De l’autre ? Setareki Bituniyata, facteur x de la formation menée par Philippe Saint-André. Si ces deux pertes sont évidemment colossales pour chacun des deux clubs, laquelle va être la plus handicapante ?
Capitaine Ritchie
Il a conquis son monde en à peine quelques mois. Mais qui pouvait en douter ? En posant ses valises en Catalogne, Jamie Ritchie débarquait avec un joli pedigree. Cadre de l’équipe d’Écosse aux 60 sélections, parfois nommé capitaine, le troisième ligne est une référence à son poste dans le monde du ballon ovale. L’ancien joueur d’Édimbourg ne met pas longtemps à s’acclimater au Top 14.
Son impact se fait sentir aussi bien sur le terrain, où son expertise en touche est précieuse, qu’en dehors, leader de vestiaire. Rapidement nommé capitaine des Sang et Or, il surnage au milieu d’une équipe qui connaît un début de saison cauchemardesque, mais se blesse avec l’Écosse au cœur de l’hiver, lors du Tournoi des 6 Nations : “J’ai été déçu de me blesser contre l’Angleterre lors du dernier Tournoi des 6 Nations“, déclarait-il en avril dernier, dans des propos repris par Midi Olympique. Avant de poursuivre : “J’ai été navré de rater la fin de cette compétition ainsi que plusieurs matchs importants avec Perpignan. Il y a beaucoup de choses à accomplir jusqu’à l’access-match, et tous les défis que nous aurons à affronter, il faudra les prendre comme des opportunités pour grandir.”
Problème, cet access-match, Jamie Ritchie ne le verra pas. Le 9 mai dernier, il se blesse de nouveau, à Clermont cette fois. Une grosse entorse de la cheville qui acte sa fin de saison. Et qui donne de sacrés maux de tête au staff usapiste. Car en plus d’avoir aidé l’USAP à se dépêtrer de cette quatorzième place et de se donner une chance de se maintenir, l’enfant de Dundee a marqué les esprits par ses statistiques. Précieux en touche, efficace ballon en main, infatigable gratteur et jamais avare d’efforts défensifs, il a pendant longtemps été le joueur ayant réussi le plus de plaquages en Top 14 (286). Le tout, en “seulement” 13 matchs de championnat (12 comme titulaire). Forcément, avec cette blessure, il a depuis été dépassé. Un guerrier qui manquera ce dimanche mais aussi la saison prochaine, puisque Ritchie prendra la direction des Glasgow Warriors.
Bituniyata survole la Pro D2
Que dire à propos de Setareki Bituniyata ? Les mots nous manquent tant le Fidjien a survolé une Pro D2 pourtant si exigeante. Passé par Massy et Brive, le joueur de 30 ans revient des enfers. À la fin de l’année 2024 avec Toulouse, le trois-quarts polyvalent subit une rupture des ligaments croisés. Le colosse (1,94m, 112kg) s’engage avec Provence Rugby et revient plus fort que jamais l’été dernier.
Cette saison, il a disputé 27 matchs, tous comme titulaire, pour, accrochez-vous bien, 14 essais. Des chiffres qui vous classent le bonhomme. D’abord utilisé à l’aile, PSA n’a pas hésité à le repositionner au centre. Et grand bien lui en a pris. Avec le numéro 13, c’est là qu’il s’est le plus fait remarquer, multipliant les exploits et s’affirmant, n’ayons pas peur des mots, comme le meilleur centre de la deuxième division. Des qualités physiques exceptionnelles propres aux Fidjiens, qui lui permettent de faire des différences, alliant puissance et vitesse sachant faire jouer ses partenaires avec une qualité technique hors norme. Philippe Saint-André ne s’y trompait pas il y a quelques semaines en conférence de presse : “Seta, il sent le rugby comme jamais. C’est un joueur très professionnel, impliqué et qui mobilise énormément d’adversaires. Sa capacité à faire bien jouer ses partenaires est aussi l’un de ses points forts.” Au cours de l’exercice, c’est le joueur qui a réalisé le plus d’offloads avec 43 passes après contact. Stratosphérique. C’est aussi le deuxième joueur qui casse le plus de plaquages en Pro D2 (88) et il compte 2 384 mètres parcourus ballon en main.
Preuve qu’il a emballé le microcosme rugbystique, il fut désigné meilleur joueur de Pro D2 à l’unanimité générale par les membres du podcast Rugby Confidential. Sacha Valleau l’a d’ailleurs couvert de louanges : “Chapeau à lui. Monsieur Bituniyata, je vous le dis sincèrement : vous n’avez rien à faire en Pro D2 […] C’est un extraterrestre, il a le niveau pour jouer bien plus haut.”
Même constat chez Gaël Fickou : “Il est au-dessus du lot, il a des qualités physiques monstrueuses. Tu sens que c’est le point fort de cette équipe et c’est un atout majeur pour eux. Même défensivement c’est très costaud.” Gros bémol, il s’est donc blessé au pied contre Vannes et manquera ce match décisif face à l’USAP.
Bituniyata, l’immense perte
Bien évidemment, ces absences sont un caillou dans la chaussure des deux barragistes. Mais on pense le forfait de Bituniyata plus préjudiciable aux Aixois que ne l’est celui de Ritchie aux Catalans. Pourquoi ? Déjà car les Sang et Or ont confirmé depuis plusieurs semaines le forfait de l’Écossais. Cela fait un mois que sa fin de saison est annoncée. Laurent Labit et son staff ont pu s’adapter en conséquence. À l’inverse, Setareki Bituniyata a été contraint de jeter l’éponge à quelques jours de ce choc capital. Tant moralement que sportivement, cela a sûrement affecté les Provençaux.
Autre point. Si Ritchie est un indispensable du XV perpignanais et figure parmi les meilleurs joueurs de l’effectif, les Catalans ont de quoi voir venir. En troisième ligne, l’USAP a de la ressource, entre un Max Hicks indispensable, un Jacobus Van Tonder toujours aussi précieux et un Joaquin Oviedo qui fait partie des meilleurs huit du championnat. Sur le banc, Mattéo Le Corvec, puissant, sauteur en touche pouvant dépanner en deuxième ligne, est un joueur complet. En revanche, la non-présence de Bituniyata est terrible pour les partenaires d’Arthur Coville. Si les pensionnaires de Maurice-David comptent dans leurs rangs des joueurs de qualité, capables d’exploits, comme Manuel Vareiro pour ne citer que lui, Setareki Bituniyata transforme le visage de l’équipe. Il est celui qui fait les différences offensives, qui peut faire basculer le sort d’un match sur un coup de génie. Il y a clairement un Provence sans et avec lui. Même si le club dispose de solutions de qualité pour compenser ce forfait (probable titularisation de Pierre Lucas), aucune ne possède le même profil et n’aura le même rendement que le natif de Suva.
Dimanche, l’USAP devra apprendre à survivre sans son capitaine. Provence Rugby, elle, devra tenter de gagner sans son principal facteur de déséquilibre. Entre les deux, c’est l’absence de Bituniyata qui devrait peser le plus lourd au moment de faire les comptes. Mais n’enterrons pas les Provençaux. La tâche s’annonce compliquée, mais à cœur vaillant, rien d’impossible.

