Tani Vili est la bonne surprise du recrutement parisien. Léger retour en arrière. Passé par les centres de formation de Brive puis de Clermont, c’est sous la tunique des Jaunards qu’il connaît ses premiers pas en professionnel. Nous sommes en 2019. À ce moment-là, beaucoup d’observateurs nous parlent de Tani Vili comme l’un des grands espoirs français au poste de centre.
Puissant, habile de ses mains, technique, il ne fait pas de doute que le natif de Brive goûtera un jour au maillot bleu, lui qui a déjà porté la tunique du XV de France U18 et U20. Mais voilà, sept ans plus tard, la donne a changé. Le joueur désormais âgé de 25 ans a enchaîné les clubs (Clermont, UBB, Vannes), sans jamais réellement s’imposer. Il a été convié à plusieurs reprises par Fabien Galthié, notamment lors d’une tournée en Australie en juin 2021, mais sans jamais célébrer sa première cape.
Pire encore, son exercice 2024-2025 avec le promu vannetais est compliqué, et c’est un doux euphémisme. 14 petits matchs toutes compétitions confondues, dont 5 comme titulaire. En Top 14, c’est à peine 10 apparitions pour 3 titularisations. Des chiffres faméliques pour un joueur à qui on promettait le meilleur. Les raisons sont multiples. Sûrement une perte de confiance, il lui est aussi reproché son manque de sérieux sur et en dehors du terrain. Autant dire que lorsque le Stade Français le recrute à l’été 2025, les supporters parisiens doutent énormément. On rappelle qu’un Pierre Boudehent, joueur stadiste prêté à Vannes, était préféré à Vili dans les travées de La Rabine. Forcément, l’incompréhension était de mise lorsque le recrutement fut annoncé.
Une saison étincelante
Et pourtant, Tani Vili a chassé les doutes et mis tout le monde d’accord. Cette saison, il est l’un des fers de lance des soldats roses et participe grandement à la belle forme du club de la capitale, quatrième et en passe de se qualifier. Rendez-vous compte, il a déjà connu 14 matchs toutes compétitions confondues, soit autant que la saison passée, pour 11 titularisations !
Auteur de deux essais, il se partage le poste de premier centre avec la pépite du club, Noah Néné. Et malgré cette concurrence saine entre deux joueurs au talent énorme et aux caractéristiques similaires, Vili semble avoir à l’heure actuelle un léger avantage aux yeux du staff, par rapport à un Néné encore un poil perfectible. C’est simple, Vili sait tout faire. Très puissant (1m87, 112kg), il peut être utilisé en premier attaquant pour fixer une défense. Mais surtout, comme évoqué plus haut, il a des mains, est capable de faire jouer derrière lui et de se muer en distributeur. Autre atout non négligeable, il possède un sacré pied gauche, qui offre plusieurs perspectives pour les sorties de camp ou pour soulager Louis Carbonel sur les pénaltouches dans un angle fermé pour un droitier.
Et on aurait tendance à oublier que Tani Vili est encore un jeune joueur. S’il poursuit sur une telle lancée, on ne doute pas que Fabien Galthié n’hésitera pas à faire appel à ses services, malgré un poste de trois-quarts centre et notamment de 12, hyperconcurrentiel en France (Moefana, Brau-Boirie, Néné, Fickou).
“C’est ta dernière chance”
Mais comment expliquer un tel regain d’énergie ? L’explication se trouve sûrement chez Morgan Parra, entraîneur de l’attaque du Stade Français. Dans le très bon podcast Rugby Confidential, l’ancien demi de mêlée explique qu’il n’est pas étranger à la venue de Vili dans les travées de Jean Bouin. Déjà à l’époque et alors qu’il est joueur à Clermont, Parra voit Vili débarquer avec les pros. Son talent est indéniable mais l’ancien international tricolore détecte en lui un manque de sérieux qui peut s’avérer rédhibitoire au haut niveau. Il le met alors en garde : “Je le connais. Il a attaqué quand j’étais à Clermont. Je lui disais : “Si tu ne bosses pas, tu seras comme tous les jeunes qui sont passés ici. Tu feras un match ou deux. Après tu vas aller dans une autre équipe, puis une autre, puis au bout d’un moment on te verra plus.”
La carrière de Vili battant de l’aile, Parra décide alors de le relancer et le convainc de signer à Paris. En lui mettant tout de même des conditions : “Quand je l’ai appelé, je lui ai dit : “Écoute, je pense que c’est ta dernière chance.” C’est quelqu’un que j’apprécie. Il faut être derrière lui, il faut le cadrer. Mais il a beaucoup de respect, il fait attention. Aujourd’hui, on a un deal entre nous et pour l’instant il respecte ce deal et j’en suis très content. Cela me donne entièrement satisfaction sur le fait d’avoir poussé pour le recruter.”
Même son de cloche pour Sacha Valleau, qui voit en Vili un potentiel énorme : “C’est un talent de fou. Tani, je l’ai entraîné sur le Seven avec Vannes (lors de l’In Extenso Supersevens, NDLR). Parfois il est presque agaçant parce qu’il est en dilettante et assez nonchalant. Techniquement il est super propre, il a un pied gauche hyper intéressant, il a beaucoup de qualités. Je pense que c’est un mec qui a besoin de sincérité dans les échanges avec le staff. C’est un profil particulier. Il faut le prendre comme il est, l’accepter. Je pense que si tu lui donnes de la confiance et que t’es honnête avec lui, il te le rend toujours. Il a les qualités d’un top joueur. Lorsqu’il était à Vannes, il n’a pas fait beaucoup de matchs. Mais une fois, il traverse le terrain en Challenge Cup. C’est un joueur qui, pour l’instant, n’a pas du tout atteint son plein potentiel par rapport à ses qualités. C’est en effet sa dernière chance et je pense qu’il en a conscience.”
Un joueur qui a besoin d’être aimé pour performer. Et à Gaël Fickou, toujours sur Rugby Confidential, de conclure : “Il est très dans l’humain. C’est pour ça qu’il performe, parce qu’avec Morgan (Parra, NDLR), il a cette relation de confiance. Et il marche à ça. Le seul ennemi qu’il a, c’est lui. S’il n’est pas sérieux, il va se blesser, il va être en méforme, et c’est là où il se trahit un peu. Au Stade Français il fait une super saison parce qu’il est sérieux, il a la confiance des coachs et leur redonne.”
Un joueur attachant, parfois agaçant et qui peut se saboter, mais un joueur qui, s’il poursuit sur cette belle lancée, pourrait connaître un printemps radieux avec son équipe. Et ça, personne ne l’aurait parié il y a un an, lorsqu’il traînait sa peine en Bretagne.

