22-54. Le score clignote sur l’écran de Jean-Dauger comme un aveu d’impuissance. Samedi soir, l’Aviron bayonnais a pris la pire raclée de son histoire moderne à domicile. Depuis que le rugby est devenu professionnel en 1995, jamais les Ciel et Blanc n’avaient encaissé plus de 50 points dans leur antre basque. Et c’est Pau, le voisin, qui leur a infligé cette humiliation. Le derby avait un goût de cendre.
Un rideau défensif en papier mâché
Difficile de trouver des circonstances atténuantes. Bayonne n’a jamais existé. Dès les premières minutes, la Section a imposé son rythme, trouvant des brèches là où il devrait y avoir un mur. Sept essais encaissés. Sept. Sur certaines actions, on a vu des Bayonnais se regarder, chercher qui devait plaquer, pendant que les Palois filaient dans l’intervalle. Le jeu au pied adverse ? Mal géré. Les ballons portés ? Subis. Les rucks ? Perdus. Quand ta défense prend l’eau de partout, tu coules. Et Bayonne a coulé, sans bouée de sauvetage.
Ce qui frappe, c’est l’absence de réaction. Même menés de vingt points, même humiliés, on attend d’une équipe à domicile qu’elle montre les crocs, qu’elle morde un peu. Rien. Pau a déroulé son rugby, tranquille, presque en balade. Les Bayonnais ont couru derrière le ballon pendant 80 minutes, comme des gamins qui découvrent le rugby à XV. Pour un club habitué à faire de Jean-Dauger une forteresse, c’est une gifle monumentale.
Pau a tout fait bien, et c’est presque inquiétant pour Bayonne
On pourrait se dire que Pau a sorti le match du siècle. Pas vraiment. La Section a été sérieuse, appliquée, mais sans faire de miracle. Elle a profité des espaces offerts, a joué simple, a su accélérer au bon moment. Bref, elle a fait ce qu’une équipe de Top 14 doit faire face à un adversaire qui ne répond pas. Le problème, c’est justement ça : Bayonne n’a pas répondu.
Les Palois ont marqué dans tous les secteurs. En conquête, dans le jeu courant, sur turnover. Ils ont même ajouté un essai en fin de match, histoire d’enfoncer le clou. À 47-22, on pouvait encore parler de correction. À 54-22, on bascule dans l’historique. Et pas le bon. Pour Bayonne, ce n’est pas qu’une défaite comptable. C’est un symbole. Celui d’une équipe qui ne sait plus où elle va, qui ne trouve plus de solutions, qui prend des baffes à domicile.
Et maintenant, on fait quoi ?
La question va forcément se poser dans les vestiaires, dans les bureaux, sur les gradins de Jean-Dauger. Comment une équipe peut-elle s’effondrer à ce point chez elle ? Bayonne n’est pas une formation de bas de tableau habituée à se faire laminer. C’est un club avec de l’histoire, des supporters qui poussent, un stade qui intimide. Sauf que là, rien n’a fonctionné. Ni l’envie, ni le collectif, ni l’orgueil.
Les prochaines semaines vont être longues. Parce qu’après une claque pareille, il faut se relever vite. Sinon, le doute s’installe, les certitudes s’effritent, et les défaites s’enchaînent. Bayonne a un mois pour retrouver de la fierté, de la solidité, de l’agressivité. Parce qu’un record comme celui-là, personne ne veut le battre une deuxième fois. Surtout pas chez soi.

