53 ans après leur première confrontation, le Japon a l’occasion de faire tomber le XV de France pour la première fois de son histoire. Car jamais les Bleus, en huit affrontements contre les Brave Blossoms, n’ont connu la défaite. Il y a eu ce premier test victorieux à Chaban le 27 octobre 1973 (30-18), puis ces deux succès en phases de poules de Coupe du monde, d’abord en 2003 (51-29), puis en 2011 (47-21). D’ailleurs, si le score peut sembler large au premier abord, la bande à Marc Lièvremont avait connu toutes les peines du monde pour se défaire de Nippons accrocheurs (25-21 à l’heure de jeu), portés notamment par l’ouvreur James Arlidge, auteur de la totalité des points de son équipe.
Il y a eu ensuite cette tournée au pays du soleil levant à l’été 2022. Avec une formation remaniée comme il en est coutume à cette période de l’année, les hommes de Fabien Galthié ont bien abordé le premier match (23-42) avant de se faire une grosse frayeur au cours du second (15-20). Et pour terminer, une nouvelle victoire quelques mois plus tard au Stadium de Toulouse (35-17) avant d’étriller le Japon à l’automne 2024 au Stade de France (52-12), pour ce qui est encore aujourd’hui le plus gros écart de points entre les deux nations.
Mais au milieu de tout ça ? Un accroc et un match nul en 2017 (23-23). Un score de parité aux allures de victoires pour des Japonais qui ont surclassé leur adversaire.
Des Bleus dans le doute, des Japonais en constante progression
C’est une période sombre du rugby français. Les Tricolores sortent d’un Mondial 2015 apocalyptique, balayés, humiliés par une génération néo-zélandaise au panthéon de ce jeu, en quarts de finale (62-13). L’arrivée de Jacques Brunel au poste de sélectionneur ne permet pas de donner un nouvel élan. Les Bleus connaissent une tournée de juillet désastreuse en Afrique du Sud, alors bien loin du niveau qu’on lui connaît aujourd’hui, ponctuée par trois cinglantes défaites à la clé.
Et cette tournée automnale n’a pas démarré non plus sous les meilleures auspices. Deux défaites à Saint-Denis, face aux Blacks (18-38) et sur le gong contre ces mêmes Springboks (17-18). Inutile de dire que la victoire est impérative pour le dernier test. Les coéquipiers de Guilhem Guirado vont en profiter pour inaugurer l’Arena, tout nouveau bijou devenu l’écrin du Racing 92. Mais face aux Français se dresse une équipe en constante progression : le Japon. En 2015, sous la houlette d’un certain… Eddie Jones, les Japonais battent l’Afrique du Sud en ouverture de leur Mondial pour ce qu’on nommera “le miracle de Brighton”. Malgré trois succès sur quatre en poules, ils sont éliminés. Mais les Brave Blossoms ont la Coupe du monde sur leur terre en ligne de mire, qui se déroulera deux ans plus tard. Ce match en France est un véritable test.
Un nul miraculeux pour la France
Malgré leurs cinq défaites de rang, les Tricolores n’ont pu endiguer cette mauvaise dynamique. Face à une équipe joueuse à l’extrême, dans un rugby basé sur le “tout pour l’attaque”, ils sont pris à la gorge et menés à la 23e minute de jeu (3-8), sur un essai du talonneur Horie à la réception d’une merveille de passe voleyée de l’ouvreur Tamura. Heureusement, le pied de Trinh-Duc sur pénalité, et un essai de Slimani peu avant les citrons permettent de sauver les meubles (13-8, mi-temps).
Mais dès le retour des vestiaires, le Japon prend d’assaut le camp local sur un nouveau mouvement d’envergure. Damian Penaud, positionné au centre, sort de la ligne en défense et monte trop fort. Il ouvre un espace à Timothy Lafaele, son vis-à-vis, qui s’engouffre dans la brèche et profite par la suite de l’apathique défense française (13-15, 42e). Les partenaires de Louis Picamoles s’en remettent alors à leurs deux joueurs en forme, une passe au pied de François Trinh-Duc pour son ailier Gabriel Lacroix. Les deux buteurs font parler leur adresse face aux perches et le planchot affiche (23-18) à dix minutes du terme. Mais stupeur, à la 75e, le pilier remplaçant Ai Valu s’échappe en bord de ruck (23-23). Yu Tamura a la gagne au bout du pied mais la transformation fuit les perches. Pourtant, le Japon, passé tout près d’une victoire historique, est bien le vainqueur moral de ce match. Dans un rugby léché, fait de mouvements et de passes à outrance, ils ont conquis le public français venu garnir les gradins de l’Arena. Les Bleus, indigestes, s’étaient alors un peu plus enfoncés dans une crise profonde. Avant de connaître de bien meilleures années depuis le début des années 2020. On revient de loin, très loin.

