Pourquoi l’Australie s’emballe déjà pour Sid Harvey, rookie de l’année en Super Rugby ?

Written on 05/06/2026

Si cela a pu passer inaperçu chez nous, les phases finales de Super Rugby démarrent ce vendredi, par un déséquilibré Hurricanes-Brumbies. Un format à élimination directe encore une fois abracadabrantesque qui donnerait des nœuds au cerveau à n’importe quel aficionado de la balle ovale. Des phases finales auxquelles ne participeront pas les Waratahs, auteurs d’une saison morose, bien loin des attentes. Huitièmes, les hommes de Dan McKellar possédaient pourtant de sérieux arguments sur le papier, forts d’une ligne de trois-quarts pléthorique. Excepté au poste d’ouvreur, la formation de Sydney comptait des internationaux australiens à tous les postes. On pense aux superstars Max Jorgensen ou Joseph Sua’ali’i, malheureusement trop souvent blessé et qui, après un retour compliqué, a livré une prestation XXL pour la dernière de la saison. On peut citer aussi Jake Gordon, gravement touché au tendon d’Achille pour l’ultime sortie des Tahs, ou Andrew Kellaway.

Et au milieu de ce beau monde, un bambin s’est fait une place au soleil. Son nom ? Sid Harvey. Visage pâle et enfantin, taches de rousseur et crinière rousse, l’enfant de Narrabri, ville de 6 000 âmes en Nouvelle-Galles du Sud, vit un rêve éveillé et s’est forgé une sacrée réputation pour sa première saison en professionnel.

Début à VII et sélection des moins de 20 ans

Le gamin d’à peine 20 printemps, capable aussi bien de jouer à l’aile qu’à l’arrière, est doué, et c’est un doux euphémisme. Il montre une aisance particulière dès ses premiers contacts avec la balle ovale. Licencié aux Narrabri Blue Boars, l’adolescent est en parallèle sélectionné dans les différentes sélections de jeunes de Nouvelle-Galles du Sud. Mais quand on vous dit que le garçon a de réelles aptitudes sportives, nous n’exagérons pas. Outre le rugby, Harvey s’est distingué en cricket et a représenté l’équipe ACT/NSW Country lors des championnats nationaux des moins de 17 ans en 2023. Il finit par se consacrer au ballon ovale et en 2024 il signe au Eastern Suburbs FC. Lors du Shute Shield Firsts Colts (compétition des moins de 21 ans), il bat le record de points inscrits en un seul match dans la compétition avec, accrochez-vous bien, 51 unités. Un touche à tout qui va aussi exceller dans le VII.

Parce que pour retrouver trace des premiers faits d’arme du jeune homme, il faut se tourner du côté de la discipline septiste. Après avoir intégré l’académie des Waratahs, Sidney, de son vrai prénom, ça ne s’invente pas, est sélectionné par l’Australie à 7. Déjà passé par les sélections de jeunes dans ce domaine, il fait sa première apparition du côté du tournoi de Dubaï, en novembre 2024. Le joueur, qui vient de souffler sa dix-neuvième bougie quelques semaines auparavant, s’impose et finit par disputer cinq autres étapes, dix-neuf matchs au total pour sept essais.

En mars 2025, avant l’étape de Hong-Kong, Harvey ne cachait pas son enthousiasme dans les colonnes de Rugby.com.au : “C’est assez fou mais j’adore.” Surtout, ce passage à VII devait lui permettre de gravir les échelons plus tard à XV, et particulièrement avec les Waratahs. Il racontait à l’époque : “Je n’ai que 19 ans, donc côté rugby, je suis encore assez jeune, mais c’est tellement amusant, et j’ai tellement de temps pour apprendre tout ça. Le circuit Sevens est un endroit difficile mais c’est assez agréable de voyager avec ces garçons.” Il l’assure, le VII lui a permis de prendre de l’assurance, du calme et de mieux gérer les situations de chaos au XV. Un vrai passage formateur.

En avril 2025, une fois son contrat de septiste terminé avec la fédération australienne, Harvey continue son ascension. Dans la foulée, il est sélectionné pour participer au Rugby Championship des moins de 20 ans avec l’Australie. Titularisé à l’aile pour la première journée et le match nul contre la Nouvelle-Zélande (29-29), il se distingue de nouveau avec un essai et deux transformations. Décalé à l’arrière pour les deux autres rencontres remportées par les Green and Gold face à l’Argentine et l’Afrique du Sud, il termine deuxième avec sa sélection, auteur de 26 points dans la compétition.

Le mois d’après ? Rebelote. Harvey participe à la Coupe du monde des moins de 20 ans. Avec les jeunes Wallabies, il débute chaque rencontre de la compétition, numéro 15 dans le dos. Les Australiens finissent à une honorable cinquième place. Preuve de son importance au sein de la sélection U20, Harvey aura joué chaque minute des matchs des Wallabies, que ce soit lors du Rugby Championship U20 ou de la Coupe du Monde.

Révélation chez les Waratahs, rookie de l’année en Super Rugby

Mais c’est bien en cette année 2026 que le gaucher est entré dans une nouvelle dimension, en se faisant connaître du grand public. Pas utilisé pour les trois premières journées du Super Rugby, il est finalement lancé dans le grand bain au cours de la défaite contre les Hurricanes. Des débuts chargés en émotion. On le voit d’ailleurs annoncer la nouvelle dans un appel poignant à sa famille.

Mais ne croyez pas que cette première fut un coup d’épée dans l’eau. Le longiligne arrière (1,90m-91kg) enchaîne ensuite au point de devenir un incontournable de son équipe. Onze matchs, dont dix comme titulaires, pour six essais et surtout 98 points au compteur. Une prouesse qui en fait le deuxième meilleur réalisateur de la compétition, juste derrière Ryan Lonergan, le demi de mêlée des Brumbies. Il risque bien évidemment de se faire dépasser prochainement par Damian McKenzie, seulement trois unités derrière et encore en course avec les Chiefs. Mais l’essentiel est ailleurs.

Encore inconnu au début de la saison, Harvey s’est rapidement imposé comme l’une des attractions du rugby australien. En cause : son talent, bien sûr, mais aussi une polyvalence précieuse. Aligné quatre fois à l’arrière, il a ensuite glissé à l’aile, laissant le fond du terrain au phénomène Max Jorgensen. Il est un joueur complet. S’il possède de grosses qualités offensives, il excelle dans son rôle de buteur, fiable face aux perches malgré des dernières prestations plus compliquées, notamment sur la pelouse des Fijian Drua, la faute au vent tourbillonnant. Lors de ses premières tentatives au but, il a enchaîné un 12/12 phénoménal. Mieux encore, fin mars, il est élu homme du match et offre la victoire aux Tahs sur le pré des Brumbies (28-30), grâce à ses innombrables coups de chausson, imperturbable malgré la pression.

Capable de venir proposer des solutions autour de la zone du dix, il est un danger permanent. Son point à améliorer actuellement ? Peut-être défensivement. On l’a vu, par exemple, en difficulté face à Caleb Tangitau au cours de la défaite contre les Highlanders. Avant finalement de rendre la monnaie de sa pièce au Néo-Zélandais avec un essai et plusieurs actions chaudes. Mais lui-même, à l’époque de sa période à 7, avouait qu’il devait progresser dans ce secteur : “Ma défense est quelque chose sur lequel je dois travailler, mais je m’améliore.” Il doit aussi parfois être un peu plus régulier et précis dans le dernier geste, mais tout cela viendra avec le temps.

Conscients de son talent, les dirigeants des Waratahs ont rapidement prolongé leur joyau jusqu’en 2028. Et Dan McKellar, son entraîneur, ne tarit pas d’éloges à son sujet : “Sid a acquis une certaine classe, à la fois en tant que rugbyman et en tant qu’être humain.” Dans le même temps, Sid Harvey a été élu Rookie de l’année en Super Rugby. Pour faire simple, chaque journée, un vote est organisé et des points attribués aux joueurs suivant leurs performances. Et dans la catégorie “Rookie”, comprenez le débutant de l’année, celui qui effectue sa première saison en Super Rugby, Harvey a survolé les débats. Une récompense honorifique, diront certains, mais révélatrice de l’ascension express du phénomène.

Un avenir avec les Wallabies dès cet été ?

De quoi envisager une prochaine convocation avec les Wallabies pour le prochain Championnat des nations ? On ne doute pas que le trois-quarts polyvalent doit avoir cela dans un coin de la tête. Mais cela semble un poil prématuré et ce, malgré la possible retraite d’Andrew Kellaway. Pourquoi ? Car l’Australie est pourvue aux deux postes.

À l’aile, la concurrence s’annonce féroce entre les Corey Toole, Dylan Pietsch, Max Jorgensen ou Filipo Daugunu. Sans oublier Zac Lomax, tout juste arrivé du XIII et qui pourrait, pourquoi pas, rebattre les cartes. À l’arrière ? Tom Wright faisait partie du gratin mondial avant sa blessure au genou. S’il peine à retrouver ses pleines capacités depuis son retour, nul doute qu’il saura revenir en haut de l’affiche. Il devrait sans surprise faire partie du squad et endosser le numéro 15 même si Jock Campbell, auteur d’un exercice XXL avec les Reds, pourrait lui griller la politesse.

Une sélection chez les Wallabies dès cet été parait utopique. Mais après une saison conclue par un titre de Rookie de l’année et une prolongation jusqu’en 2028, Sid Harvey a déjà réussi quelque chose de rare : passer du statut d’espoir prometteur à celui de joueur que toute l’Australie du rugby surveillera de près en 2027, année du Mondial sur ses terres. Comme le joueur des Reds Treyvon Pritchard, autre révélation d’à peine 19 ans, il a pris rendez-vous avec l’avenir.