Séisme en Nouvelle-Zélande, les All Blacks en grand danger face au XIII

Written on 22/04/2026

Il y a dix ans en arrière, en France, lorsque vous demandiez à un néophyte ce qui lui venait à l’esprit lorsqu’on lui citait le mot rugby, il vous aurait immédiatement parlé des All Blacks, du haka. Aujourd’hui, il va d’abord vous conter les exploits d’Antoine Dupont, de Louis Bielle-Biarrey ou de Thomas Ramos, les stars de notre équipe de France. La raison première est simple. Les Bleus ont retrouvé leur lustre d’antan et font rêver un public de plus en plus grandissant. Mais force est de constater que les All Blacks ont perdu de leur superbe et ne sont plus aussi célèbres qu’auparavant.

L’équipe nationale de Nouvelle-Zélande a souvent eu quelque chose de presque mystique. Un maillot noir, des joueurs de légende, le Haka, et surtout une équipe quasiment intouchable. Les Blacks étaient craints aux quatre coins du globe. Mais toute la légende qui englobe cette sélection mythique est en train de s’essouffler. Non, la Nouvelle-Zélande n’est pas devenue une équipe ordinaire. Mais au pays, elle perd du crédit, la faute à des résultats en baisse et une génération moins brillante que ses aînés.

Aussi, l’émergence de nouveaux sports a fait du mal au rugby, dans un pays, qui, doit-on le rappeler, ne compte qu’un peu plus de 5 millions d’âmes. Carlos Spencer l’évoquait d’ailleurs il y a quelque temps, dans les colonnes de Rugby Journal : “Beaucoup de clubs avaient huit ou neuf équipes à l’époque, maintenant ils ont du mal à en faire sortir quatre. Peu d’enfants grandissent en jouant au rugby aujourd’hui, ou en voulant jouer. Il y a d’autres sports qui les intéressent davantage, comme le football américain et le basket-ball […] Vingt ou trente ans en arrière, le sport qui a connu la croissance la plus rapide était le rugby. Ce n’est plus le cas. Désormais, c’est le basket, c’est le football, le rugby est probablement à peu près le troisième sport en Nouvelle-Zélande.”

Mais si l’on se concentre uniquement sur le rugby, de plus en plus de jeunes se tournent vers le XIII, délaissant le XV et le rêve de devenir un jour un All Black.

Les New Zealand Warriors ont le vent en poupe

Comment expliquer ce petit désamour ? Pour plusieurs raisons. Déjà, comme évoqué plus haut, la légère perte de vitesse de la sélection nationale à XV. Ensuite, la vraie popularité du XIII au sein de l’hémisphère sud. On le sait, en Australie, le rugby à XIII a dépassé le XV. En Aotearoa, la belle forme des New Zealand Warriors, seule franchise néo-zélandaise à participer à la NRL, pousse forcément les jeunes à s’intéresser à cette équipe.

À l’heure de l’écriture de ces lignes, les partenaires de Roger Tuivasa-Sheck pointent à la deuxième place du championnat, derrière les intouchables Panthers. Basée à Auckland, où l’on trouve un fort contingent de populations du Pacifique, les Warriors attirent, dans un championnat (la NRL) attrayant, le meilleur au monde, dans un système qui cartonne. Un jeu spectaculaire, des stades pleins, tout cela aux antipodes d’un Super Rugby de moins en moins intéressant, avec peu de monde pour assister aux matchs, et un championnat redondant, surtout depuis l’exil des équipes sud-africaines. La future disparition des Moana Pasifika, franchise qu’on retrouve elle aussi à Auckland, et qui avait pour but de mettre en avant les talents samoans et tongiens, témoigne elle aussi de la santé compliquée du XV.

“Nous finirons tous au XIII”

Le XIII est le sport du peuple aujourd’hui“, déclarait récemment l’ancien troisième ligne All Black Michael Jones, dans des propos relayés par L’Indépendant. Au pays au long nuage blanc, la NRL dispose d’ailleurs de diffusions prioritaires des télés par rapport au Super Rugby. Jones poursuit : “Il faut reconnaître ce que fait le rugby à XIII. Si le rugby à XV garde la tête dans les nuages, nous finirons tous par jouer à XIII.”

À Auckland, la comparaison entre les Warriors ou les Moana Pasifika fait mal (même si les Blues brillent en Super Rugby), et on se tourne vers le XIII, sous le charme d’un sport bien ficelé, aux antipodes d’un XV qui tire la langue. La Nouvelle-Zélande a récemment démis Scott Robertson de ses fonctions pour le remplacer par Dave Rennie, afin de donner un nouvel élan aux hommes en noir à un peu plus d’un an de la Coupe du Monde en Australie.

Si les Blacks venaient à retrouver une bonne dynamique, il n’y aurait aucun doute sur le fait que les jeunes enfants du pays se tourneraient de nouveau vers le XV. Mais pour la première fois en Nouvelle-Zélande, le rugby à XIII est en passe de prendre le dessus sur le XV. Une vraie révolution.