L’Italie entre dans une nouvelle ère ? Cela en a tout l’air. Séduisante cet automne, avec notamment une victoire sur l’Australie avant de tenir tête aux champions du monde sud-africains, la Squadra Azzura a confirmé toutes les belles velléités entrevues lors du 6 Nations. La bande à Michele Lamaro s’est offert deux succès de prestige à Rome. D’abord en ouverture contre l’Écosse, avant de créer la sensation le week-end dernier en dominant l’Angleterre pour la première fois de son histoire. Entre temps, les Azzuris ont longtemps fait douter l’Irlande à Dublin (20-13), puis ont embêté une France trop forte ce jour-là (33-8).
Autant dire qu’à l’aube de son ultime match au Pays de Galles, l’Italie est en passe de remporter trois matchs dans le Tournoi des 6 Nations. Une prouesse jamais arrivée. Il faudra néanmoins se méfier d’un XV du Poireau, qui, s’il est toujours en crise, se refait peu à peu la cerise et a accroché l’Écosse et l’Irlande sur les deux derniers matchs.
Cantonnée à un rôle de victime expiatoire depuis son entrée en 2000, l’Italie n’a jamais paru aussi forte et bouleverse la hiérarchie. Comment l’expliquer ? Sûrement par une génération intéressante, avec des joueurs qui figurent parmi les meilleurs à leur poste. Tommaso Menoncello en est le parfait exemple. Mais surtout, grâce à un entraîneur exceptionnel. Gonzalo Quesada.
Quesada et l’Italie
On le savait lorsqu’il a pris les rênes de la sélection, au lendemain d’un Mondial français mitigé, terminé lors de la phase de poules. Gonzalo Quesada pouvait transformer cette équipe italienne. Pourquoi, car l’ancien ouvreur des Pumas est un nom bien connu de notre hexagone et a toujours brillé.
Excepté une aventure délicate au Biarritz Olympique, il a toujours su tirer la quintessence de ses équipes. Adjoint de Marc Lièvremont, il connaît une finale de Coupe du Monde avec les Bleus en 2011 puis rallie le Racing. Avec le Stade Français, il est champion de France en 2015 avant d’y revenir cinq ans plus tard et de remettre le club en phases finales. Des tensions avec Thomas Lombard précipitent alors son départ. Entre temps, il vit une finale de Super Rugby avec la province argentine des Jaguares, au milieu des mastodontes néo-zélandais. Un CV exceptionnel qui vous classe le bonhomme.
Et il faut se rendre à l’évidence. Aucun sélectionneur n’a réussi par le passé à faire ce que réalise l’enfant de Buenos Aires. Pas même Franco Smith, qui bénéficiait globalement de la même génération. Ce qui ne l’a pas empêché de prendre des “volées” lors du mondial tricolore. Mais surtout, Quesada a donné une identité à cette équipe. Les Transalpins ne se contentent pas de coups d’éclat. Il y a un vrai jeu structuré, basé avant tout sur un pack dominant et une conquête impériale. La mêlée et notamment le pilier Simone Ferrari ont impressionné. Et dans un jeu huilé, les trois-quarts, bien portés par une paire de centres Menoncello-Brex complémentaires, régalent.
On peut aussi parler des facteurs X Lynagh ou Ioane, tous bonifiés par la patte Quesada. Ce dernier est en train de faire de l’Italie une Argentine bis. À la fin des années 90, les Pumas commencent à émerger au point de devenir une nation phare du mircrocosme rugbystique quelques années plus tard. Étrangement, la Squadra Azzura présente des similitudes. Grâce à un homme qui a su structurer le jeu, mais qui en plus de cela, s’appuie sur l’aspect humain pour faire performer ses joueurs. On a hâte de voir la suite.

