Partira, partira pas ? Le feuilleton Arthur Coville rajoute du piquant à une finale qui n’en manque pas. Vannes et Provence Rugby se retrouvent ce samedi à Ernest-Wallon pour l’apogée de cette saison de Pro D2 avec en ligne de mire une accession en Top 14. Si le demi de mêlée aixois ne sait toujours pas laquelle des deux tuniques il portera la saison prochaine, soyez bien certains d’une chose : il fera tout pour amener son équipe au sein de l’élite du rugby français : “Je vais penser à mon match et à cette finale. Aujourd’hui, je suis à Provence Rugby. L’objectif est de faire monter le club. Je ne pense qu’à ça. Le reste, on en parlera plus tard. Aujourd’hui, j’ai la tête à 100 % à Aix et je n’ai qu’une envie : mener ce groupe en Top 14.” Voilà qui est clair.
Formé à Vannes, Arthur Coville s’apprête à vivre un moment particulier. Il affrontera son club formateur, qui pourrait aussi devenir sa future destination. Une équipe que son père supporte depuis toujours. Capitaine champion du monde des U20 en 2018, présenté comme l’avenir au poste de demi de mêlée, Arthur Coville n’a cependant jamais connu le maillot bleu avec les A. Le natif de Versailles compte tout de même 114 matchs de Top 14 avec le Stade Français et une vingtaine en Coupe d’Europe. En fait, cette blessure en septembre 2018 l’a freiné dans sa progression, et ses dernières apparitions avec les Soldats roses étaient plus que mitigées.
Un départ bénéfique
C’est pour cela que son départ pour Provence Rugby en 2023 était inévitable. Mais grand bien lui en a pris. Dans les travées de Maurice-David, il a relancé sa carrière et retrouvé la confiance qui lui manquait. N’ayons pas peur des mots, il est aujourd’hui l’un des meilleurs numéros neuf de la division. Et en mai dernier dans les colonnes du Télégramme, Jean-Noël Spitzer, le manager vannetais, affirmait qu’il était la clé essentielle de la réussite des Provençaux : “Pour moi, c’est le meilleur joueur de Provence. C’est certainement le joueur qui influe le plus sur la performance collective. Clairement, par sa qualité d’éjection, sa capacité à porter le ballon. C’est un joueur qui pèse énormément dans le jeu de son équipe.”
En plus de ses qualités rugbystiques, Coville est devenu un leader de la bande à Philippe Saint-André. Un gros caractère, qui sait cornaquer ses avants et n’hésite pas à donner de la voix pour faire passer ses consignes. C’est aussi sa régularité et son profil de joueur complet qui marquent les esprits. Un poison en bord de rucks mais surtout un très bon distributeur qui éjecte rapidement les ballons, avec une bonne qualité de jeu au pied. Preuve de son importance, il a disputé, accrochez-vous bien, 85 matchs depuis son arrivée à Provence, dont 58 comme titulaire ! Il faudra un grand Arthur Coville pour permettre aux coéquipiers de Manuel Vareiro, en grande forme en cette fin de saison, de décrocher ce titre de champion de France. Néanmoins, l’ancien parisien aura face à lui un client : Michael Ruru.
Le doyen fait de la résistance
Insubmersible Michael Ruru. À bientôt 36 ans, le Néo-Zélandais continue d’arpenter les terrains avec brio. Dans cet effectif pléthorique du RC Vannes, qui a roulé sur la Pro D2, il n’est pas étranger à la belle saison bretonne. On le pensait pourtant perdu pour le rugby, ce soir de juin 2021, lorsqu’il se blesse gravement au genou contre le Stade Français, victime d’une luxation et d’une rupture des ligaments croisés. Le solide numéro neuf (1,82m-95kg), portait alors les couleurs de l’Aviron Bayonnais, le premier de ses deux clubs dans l’Hexagone. Finalement, quinze mois plus tard, il fait son retour sur les terrains. “C’était la première grosse blessure de ma carrière. Elle m’a permis de grandir mentalement“, expliquait-il à l’époque dans des propos relayés par Midi Olympique.
Certains étaient sceptiques. Mais il avait raison. Ruru va peu à peu retrouver la plénitude de son talent. Au cours de la saison 2022-2023, il quitte le Pays basque pour rejoindre la Bretagne, Vannes et sa Rabine. Immédiatement, Ruru est adopté. Il faut dire que ses prestations sur le terrain lui donnent du crédit. Il connaît la montée en Top 14 l’exercice suivant et est titulaire en finale contre Grenoble (victoire 16-9). Malgré la dernière place en Top 14, le RCV se distingue et fait mieux que résister. Avec Maxime Lafage, qu’il a côtoyé sur les bords de l’Adour, Ruru forme une charnière XXL et fait parler de lui. Cette saison en Pro D2 de nouveau, il n’a cessé de briller. Dans son rôle de neuvième avant, puissant, il a mis les défenses à rude épreuve en bord de ruck et a inscrit un nombre incalculable d’essais sur pick and go. Au total, le frère de Jonathan Ruru, demi de mêlée d’Oyonnax, a porté son total à 14 réalisations cette saison, performance en cours. Juste énorme pour un numéro neuf. Un temps dans les clous pour être meilleur marqueur de Pro D2, le natif de Napier a finalement été dépassé par plusieurs joueurs. Mais comme il l’expliquait à l’époque pour Le Télégramme, ce titre honorifique ne l’intéressait pas. La priorité ? Être champion : “Le trophée de Pro D2, c’est le seul objectif. Finir meilleur marqueur, ça n’apporte rien au groupe.”
À l’instar de Coville, Ruru est un leader du groupe breton. Avec sa passe rapide, son impact physique, il est ce qui se fait de mieux à son poste dans la division. Le duel avec son homologue aixois vaudra donc son pesant d’or, entre deux profils différents pour une même influence sur leur équipe. Là où Coville excelle par sa vitesse d’éjection et son animation, Ruru impose davantage sa puissance et sa capacité à jouer comme un neuvième avant.
Une chose est sûre, cette finale s’annonce alléchante entre des Vannetais qui ont tout écrasé sur leur passage et des Provençaux, outsiders, mais qui ont tout de l’équipe piège, tant ils marchent sur l’eau depuis le début des phases finales.

