Ce samedi soir, la Section Paloise va vivre un grand moment. Depuis son retour au plus haut échelon du rugby français en 2015, jamais la formation béarnaise ne s’était qualifiée pour les phases finales de Top 14. Cette saison, les hommes de Sébastien Piqueronies l’ont fait avec la manière. Longtemps dauphin du Stade Toulousain, Pau a finalement terminé à une belle quatrième place, un point derrière le Stade Français troisième, et surtout, pratiquant un jeu séduisant.
En face ? On a bien cru que le Racing 92 vivrait une deuxième édition sans qualification. Mais les Franciliens ont su se remobiliser et hausser le curseur dans le sprint final. Mis à part cet accroc à domicile contre La Rochelle, ils ont remporté cinq de leurs six derniers matchs. Le succès le plus marquant ? Cette valise au Michelin face à Clermont et plus de quarante points marqués (13-41). Vous l’aurez compris, ce choc promet des étincelles. Mais qui est réellement le favori ?
La Section joue à domicile, mais…
La Section a l’avantage indéniable de recevoir ce barrage. Un avantage qu’elle a mérité, bien évidemment. Ce samedi soir, le Hameau sera en fusion et la Honhada risque de résonner jusqu’au fin fond du Béarn et d’hérisser les poils des supporters historiques.
Sur le papier, les Palois sont légèrement favoris. Dans les faits ? C’est ce que l’on va regarder. Comme on vient de le dire, les partenaires de Joe Simmonds jouent cette partie à domicile et sortent d’une saison où presque tout leur réussit. Malgré le forfait de Jack Maddocks, les Vert et Blanc peuvent s’appuyer sur une ligne de trois-quarts XXL composée en grande partie de jeunes joueurs du cru. Entre les Desperes, Arfeuil, Gailleton, Brau-Boirie, Attissogbe ou Grandidier-Nkanang, le tout cornaqué par des joueurs d’expérience comme peuvent l’être des Robson, Daubagna, Simmonds ou autres, les Béarnais nous ont régalés. Un rugby total, fait de vitesse, de prise d’intervalles. Mais pas que. Malgré ces coups d’éclat, les Palois savent être structurés et se montrent particulièrement souverains dans les airs. Par sa grande taille, Grégoire Arfeuil est à l’aise dans ce secteur alors que Théo Attissogbe règne sous les ballons hauts.
Néanmoins, comme l’a précisé Patrice Collazo en conférence de presse, ce serait une erreur de résumer Pau à sa seule ligne arrière : “Déjà, c’est l’équipe qui utilise le plus le jeu au pied. Ça veut dire qu’ils ont des qualités, déjà un, de jeu au pied, et deux, pour aller chercher les ballons hauts. Ils ont construit beaucoup de succès là-dessus. Ils ont la meilleure touche du championnat. C’est la deuxième ou troisième équipe la plus efficace en “score zone”, c’est-à-dire à partir des 22 mètres […] Je trouve que c’est une équipe hyper dynamique, hyper clinique. Il ne faut surtout pas la résumer à sa ligne de trois-quarts parce que devant ils ont beaucoup d’arguments, notamment la touche ou les ballons portés. Il me semble qu’ils ont plus souvent fait la différence sur des ballons portés dans les dernières minutes, je pense notamment au match de Toulouse. On n’est pas sur un jeu à tout va, on est sur une équipe hyper structurée.”
Et le manager racingman ne croit pas si bien dire. Car si derrière, Pau séduit, le club a passé un cap devant par rapport aux précédentes années, sûrement là aussi l’une des raisons de son bel exercice. Les internationaux argentins Julian Montoya et Facundo Isa ont apporté leur expérience, alors que Thomas Laclayat est venu caler l’axe droit de la mêlée. Sans parler des joueurs déjà présents, entre les Gorgadze, le néo-international Maximin ou Auradou, capitaine de touche, pour ne citer qu’eux.
Mais si cette équipe nous a plu tout au long de la saison, un léger doute subsiste. Déjà car ce barrage à domicile va forcément engendrer énormément de pression. Les Palois sauront-ils la gérer ? Une première inconnue. Autre point, malgré toutes les qualités présentes dans l’effectif, peu de joueurs de l’équipe ont déjà connu un barrage de Top 14. Sauront-ils prendre la mesure d’un match de phases finales, bien différent de ceux de saison régulière ? À voir. Dernière chose, Facundo Isa, blessé depuis un mois, devait faire son retour ce samedi soir. Problème, Midi Olympique ne l’annonce pas dans la composition probable, sûrement encore un peu juste. Beka Gorgadze, joueur exceptionnel et sous-côté de notre championnat, endossera le numéro huit et fera le travail, mais l’absence de l’Argentin, si elle venait à se confirmer, ajoutée à celles de Maddocks ou Manu, serait un réel coup dur.
Le Racing arrive en pleine confiance
Car face aux partenaires de Luke Whitelock se présentera un habitué : le Racing 92. Excepté l’an dernier, jamais le club des Hauts-de-Seine n’a manqué le rendez-vous des phases finales depuis sa remontée en 2009. Juste dingue. Malgré des jeunes joueurs dans leur effectif, les Ciel et Blanc comptent dans leurs rangs des éléments qui ont déjà vécu ce genre de moments à plusieurs reprises. On pense aux Gaël Fickou, Josua Tuisova, Max Spring, Romain Taofifenua ou Ibrahim Diallo entre autres.
Comme évoqué plus haut, la bande à Patrice Collazo arrive surtout avec le plein de confiance, forte d’une fin de saison XXL. Elle peut aussi s’appuyer sur des facteurs X comme les Habosi, Manyarara ou Tuisova, capables sur un exploit de faire basculer une rencontre. Et comme l’a précisé Gaël Fickou il y a peu, le terrain en herbe pourrait favoriser les pensionnaires de l’Arena. Pourquoi ? Car s’il est caricatural de résumer Pau à une équipe joueuse et le Racing à une formation puissante, il y a tout de même une part de vérité dans cette affirmation. Certes les Franciliens ont des joueurs véloces, mais elle s’appuie tout de même sur des éléments à fort tonnage pour faire la différence. Sur une pelouse en herbe, où le jeu va logiquement moins vite que sur le synthétique de l’Arena, les partenaires de Léo Carbonneau sont avantagés. Devant, les Taniela Tupou, Romain Taofifenua, Nathan Hughes, Demba Bamba ou Jonny Hill sont tous de gros porteurs. Le pack local devra donc répondre à cela.
Mais si l’on vante les qualités du Racing, il ne faut pas oublier que ce sont eux qui se déplacent en terre hostile. Car, face à la cavalerie paloise, et dans un contexte bouillant, ils pourraient vite déchanter si les locaux venaient à prendre feu.
Qui est le favori ?
Lors de leurs deux confrontations, chaque équipe l’a emporté à domicile, dans des affrontements serrés. Au vu de sa saison, de nombreux spécialistes s’enflamment logiquement pour Pau. Nous avons donc tenu à nuancer tout cela à travers ces lignes. L’expérience des phases finales penche du côté du Racing, et dans des matchs cadenassés comme peuvent l’être ces rencontres à élimination directe, on voit davantage le club francilien capable de se reposer sur ses bases et “fermer” le jeu.
Cela dit, si l’on devait se mouiller et en prenant tous les arguments en compte, la Section Paloise garde la faveur des pronostics et reste légèrement favorite. Elle possède des joueurs de talent, a terminé devant son adversaire du soir, et sait se transcender si le Hameau pousse derrière. Elle a déjà prouvé que même dos au mur, elle avait réussi à renverser des matchs à domicile, contre le Racing justement ou Toulouse. Dernier argument et non des moindres. Les Béarnais sont invaincus en Top 14 cette saison à domicile. Et comme le précisait Jimi Maximin, deuxième ligne de Pau, dans des propos relayés par Midi Olympique, cette qualification n’est pas une fin en soi : “C’est une saison réussie mais le but est qu’elle soit encore plus belle.” On imagine un match serré, avec Pau qui finit par avoir le dernier mot dans un chassé-croisé haletant. On a déjà hâte d’être à samedi soir.