Par le passé, le Japon a pu nous enthousiasmer, notamment lors de la Coupe du monde 2019 sur son propre sol, avec ce rugby de mouvement poussé parfois à l’extrême. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? À quelques jours d’affronter les Bleus, que retenir de la composition alignée par Eddie Jones ? Vainqueurs de l’Italie puis défaits contre l’Irlande sur les terres australiennes, les Brave Blossoms peuvent tirer quelques points de satisfaction.
Face au pack tricolore, Jones a décidé de densifier son huit de devant avec une deuxième et troisième ligne puissante mais aussi aérienne. On ne présente plus Warner Dearns, dont on vous vantait les qualités il y a peu et qui a encore récemment clamé son amour pour la sélection japonaise malgré les avances insistantes de la fédération néo-zélandaise. Sûrement l’un des meilleurs deuxièmes lignes de la planète, le capitaine japonais (2,03m, 124kg) est un pourvoyeur de ballons en touche, mais aussi un formidable joueur de rugby, puissant, capable de faire jouer à merveille ses partenaires. Un joueur hyper complet qui formera l’attelage avec Harry Hockings, lui aussi au profil impressionnant : (2,08m-124kg). Deux géants dont le but sera de priver les Bleus de munitions en touche. Car avec les Nouchi, Verhaghe ou Roumat, le XV de France ne manque pas de solutions aériennes. Warner Dearns en était bien conscient et l’expliquait très justement en conférence de presse ce jeudi : “La France utilise ses touches pour lancer des attaques rapides sur les ailes. Si nous parvenons à les stopper en touche ou en mêlée, même sous la pluie, nous créerons des opportunités pour notre jeu.”
Comme on vous l’a dit, la troisième ligne aura également son mot à dire avec le numéro 8 Jack Cornelsen (1,95m, 110kg), ou les flankers Ben Gunter (1,95m, 120 kg) et Esei Ha’angana (1,98m, 120kg). Ce dernier fêtera d’ailleurs sa première sélection “officielle” (il avait été aligné contre les Maoris avec le Japan XV) et a été préféré à Kanji Shimokawa. Là encore une volonté donc de durcir son pack et de répondre au défi physique tricolore : “C’est un joueur qui apporte davantage de puissance et une dimension physique supplémentaire, un profil plus adapté au combat contre les avants français“, précisait Eddie Jones.
Un jeune phénomène à l’ouverture, une première ligne remodelée
On le sait, Fabien Galthié n’a pas été entièrement convaincu par sa mêlée et particulièrement sa première ligne samedi à Brisbane. Le sélectionneur français a donc décidé de la modifier au moment de se frotter aux nippons. Mais Jones a lui aussi ciblé ce domaine-là et a une fois encore privilégié la puissance. À l’instar de son homologue français, le sélectionneur japonais a changé l’entièreté de sa première ligne, même s’il en a été plus ou moins contraint. Takato Okabe, Mamoru Harada et Shuhei Takeuchi, titulaires contre l’Irlande, sont remplacés, les deux derniers étant blessés. Sojiro Otsuka, Hayate Era et Keijiro Tamefusa débuteront : “La bataille en première ligne sera cruciale contre la France, et je pense que c’est ce qui décidera du sort du match. Ces joueurs ont les qualités et l’endurance nécessaires pour relever ce défi. Nous avons besoin d’une première ligne puissante et basse pour contrer les Français.”
Néanmoins, quelques doutes subsistent. Le gaucher Otsuka (22 ans, 2 sélections) est encore universitaire. Tiendra-t-il la distance dans une rencontre aussi exigeante ? Nous verrons. À la charnière, les Bleus retrouveront une vieille connaissance du Top 14 en la personne de Naoto Saito. Le demi de mêlée du Stade Toulousain, dans l’ombre de Dupont ou Graou, apportera son expérience et sera associé au nouveau phénomène au pays, Ryunosuke Ito (21 ans, 2 sélections). Lui aussi toujours universitaire, on vous en faisait les éloges il y a quelques semaines. Un demi d’ouverture portait sur l’offensive, qui a d’abord épaté son monde face aux Maoris All Blacks, avant de rééditer ce genre de prestation XXL contre l’Italie. Moins en vue la semaine passée en Australie face à l’Irlande, il n’en reste pas moins un “joueur du futur“, sur lequel compte bien s’appuyer Eddie Jones en l’absence de Lee Seung-sin, gravement blessé. Petit gabarit (1,72m, 77kg), et s’il laisse le soin du but à l’arrière Takuro Matsunaga, il pourrait surprendre avec sa vista, ses appuis déroutants, et son sens du jeu.
Samisoni Tua remplace Yuya Hirose blessé et formera la paire de centres avec l’incontournable Dilan Riley (29 ans, 40 sélections), alors que Kippei Ishida effectue son retour sur une aile. Si la France part favorite, gare au piège.
La composition du Japon
XV de départ : Matsunaga – Ueda, Riley, Tua, Ishida – (o) Ito, (m) Saito – Gunter, Cornelsen, Haangana – Dearns (c), Hockings – Tamefusa, Era, Otsuka.
Remplaçants : Sato, Okabe, Sword, Stolberg, Leitch, Costley, Main, Uenobo.