Comme on se retrouve. Le XV de France va croiser le chemin d’une vieille connaissance samedi, Eddie Jones. De nouveau sélectionneur du Japon après un premier passage réussi (2012-2015), l’Australien est une figure bien connue de notre sport. Réputé pour ne pas avoir la langue dans sa poche, il a parfois pu agacer les supporters tricolores, notamment lorsqu’il était à la tête de l’Angleterre.
On se souvient de cette petite pique adressée aux Bleus avant le premier match du Tournoi des 6 Nations 2020. Le XV de la Rose, alors l’une des meilleures nations au monde, sortait d’une finale de Coupe du monde perdue contre l’Afrique du Sud (12-32). La France, elle, en pleine reconstruction, entamait son renouveau avec Fabien Galthié dans le costume de “sauveur”. Jones en avait donc profité pour mettre le feu aux poudres : “C’est une équipe de France jeune, qui a gagné la Coupe du monde U20 et qui se construit pour 2023. Pour cela, il y a différentes façons de faire. Quand je suis arrivé en équipe d’Angleterre, en 2016, j’ai gardé des joueurs d’expérience et intégré des jeunes. En rugby, les test-matchs demandent de l’expérience et les Français ont décidé de partir pour ce Tournoi sans expérience. Ils ont peut-être tort, ils ont peut-être raison. On ne sait pas, mais ce qui est sûr, c’est que cela va mettre ces jeunes joueurs à l’épreuve car ils n’ont jamais été confrontés à l’intensité et à la violence physique avec laquelle nous allons jouer dimanche.”
Rien que ça. Mais il ne s’était pas arrêté en si bon chemin : “On ne trouve pas une telle intensité dans le rugby de championnat, ni dans les compétitions U20, c’est pour cela qu’on parle de test-matchs. Sur le terrain, il y aura forcément des moments où ils vont se regarder en se demandant qui doit décider. Peu d’entre eux ont déjà connu ce genre de situation. Ils n’ont pas les joueurs expérimentés vers qui se tourner. Notre intention est de les pousser dans ce genre de situations. On cible toujours les individus, on cherche les maillons faibles et on cherche à leur rendre la vie dure. Depuis quatre ans, nous jouons avec cette intensité physique et on veut encore aller plus loin.”
Résultat ? Les Tricolores s’étaient imposés au Stade de France (24-17). Un juste retour de bâton. L’Angleterre avait certes remporté le Tournoi devant les Bleus, grâce au goal-average, mais depuis, les dynamiques se sont inversées. Mais une rivalité, qui reste bien évidemment respectueuse, s’est installée au fil des affrontements, entre Jones, toujours prompt à dégainer, et le XV de France.
Jones veut copier le modèle français
Ce samedi donc (10h40, heure française), Galthié et certains joueurs français (Ntamack, Poirot, Jalibert, Bamba, Mauvaka) retrouveront un Eddie Jones apaisé. Interrogé par L’Équipe, le sélectionneur du Japon a encensé l’homme fort des Bleus et sa génération de joueurs, aux antipodes de ces innombrables provocations des dernières années : “Ce que je trouve intéressant quand je regarde ce qu’il (Fabien Galthié, NDLR) fait avec l’équipe de France, c’est qu’il a rétabli votre style en l’adaptant aux codes du jeu moderne. Le XV de France joue de manière unique. Quand je pense au rugby français, j’imagine une ceinture : vous tapez dessus et elle se resserre. Et puis ils sont très forts pour décaler le ballon dans l’espace où la ceinture s’est resserrée.”
Manager talentueux, l’homme de 66 ans a néanmoins connu des dernières expériences compliquées, au cours de la fin de son mandat anglais ou lors de la Coupe du monde 2023 avec les Wallabies, terminée dès les phases de poules. Mais dans un système nippon qu’il connaît par cœur, Jones veut donner un nouvel élan au rugby japonais. Tout cela, en s’inspirant du modèle français “mais d’une manière différente“. Toujours pour le quotidien sportif, il poursuit : “Fabien Galthié a traversé une petite période difficile après la Coupe du monde, puis a fait émerger une nouvelle génération de joueurs. On veut faire la même chose avec le Japon : revenir à un style de jeu japonais.”
Un Eddie Jones bien moins piquant qui ne se privera pas pour jouer un mauvais tour à la bande de Fabien Galthié ce week-end. Portés par un Warner Dearns exceptionnel ou le jeune ouvreur Ryunosuke Ito que Jones considère comme un “joueur du futur“, les Brave Blossoms réalisent pour le moment un bon Championnat des nations. Ils ont aisément battu l’Italie (27-10) avant de tomber contre l’Irlande en Australie sur terrain neutre (20-36).