Ce n’est un secret pour personne. L’Australie est à la recherche d’un demi d’ouverture de très haut niveau, capable d’animer à merveille une ligne de trois-quarts talentueuse sur le papier. Noah Lolesio et Carter Gordon semblent aujourd’hui les mieux armés pour endosser ce rôle. Mais le premier évolue en deuxième division japonaise, bien loin des exigences du rugby international selon le sélectionneur Joe Schmidt. Le second a réalisé cinquante premières minutes abouties contre l’Irlande en ouverture du Championnat des nations, avant de se blesser au mollet. Et alors que Ben Donaldson était censé suppléer le numéro 10 des Reds face aux Bleus, il a lui aussi jeté l’éponge, la faute là encore à un mollet douloureux.
Du coup, c’est l’inexpérimenté Declan Meredith qui a été propulsé à l’ouverture samedi dernier à Brisbane, fêtant sa première sélection. Le joueur des Brumbies n’a pas réellement pesé sur la rencontre, a été en difficulté sur ce rasant victorieux de Romain Ntamack pour Aaron Grandidier-Nkanang, et s’est parfois rendu coupable d’un jeu au pied défaillant. Ce manque de profondeur pourrait contraindre Les Kiss, successeur de Joe Schmidt dans les prochains jours, à rapatrier un vétéran comme Bernard Foley ou James O’Connor. À l’approche du Mondial 2027 sur leur propre sol, les Australiens cherchent forcément des solutions. Et selon de récents échos, ils pensaient avoir trouvé leur bonheur chez les voisins treizistes.
Luai vers une courte transition à XV ?
Phil Waugh, directeur général de Rugby Australia, a ouvert la porte à l’arrivée d’un certain Jarome Luai, demi de mêlée ou d’ouverture des Wests Tigers en NRL : “Notre proposition est très différente d’une proposition de la NRL et notre porte est toujours ouverte. Nous voulons créer un environnement qui attire les meilleurs talents d’Australie et du monde entier, et la porte est toujours ouverte à ceux qui veulent venir vivre cette expérience.”
Luai, passé par les Penrith Panthers, va quitter les Tigers à l’issue de la saison. Il est déjà acté qu’il rejoindra les Chiefs, nouvelle franchise de NRL qui verra le jour en 2028, basée en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Mais avant ce défi, Luai a donc une année de libre. Les Eels de Parramatta se sont positionnés pour le signer. Mais ces dernières heures, la fédération australienne de rugby à XV y a vu une opportunité et espérait convaincre le co-capitaine des Tigers de s’engager pour un an. Le plan était de le faire signer dans une franchise de Super Rugby, et de jouer la Coupe du monde 2027 avec les Wallabies. Une fois le Mondial passé, Luai aurait été libéré pour retourner à XIII et donc débuter cette nouvelle aventure aux Chiefs de Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Si les Eels ont d’abord dénoncé une concurrence déloyale, un juteux contrat ayant vraisemblablement été proposé par Rugby Australia au joueur de 29 ans, Waugh assure que c’est le challenge sportif qui aurait pu convaincre le joueur de s’offrir cette pige quinziste : “Le sport ne se limite pas aux finances et rien ne vaut le fait de représenter les Wallabies et son pays sur la scène mondiale devant son public. Tu ne peux tout simplement pas remplacer ça dans quoi que ce soit d’autre que tu fais.”
Finalement, il y a quelques minutes, les Eels ont mis fin à cette folle rumeur en annonçant l’arrivée de Luai pour un an. Si cette transaction s’était concrétisée, elle aurait été un terrible aveu d’impuissance pour les Wallabies. Pourquoi ? Parce que Jarome Luai n’a jamais évolué à XV au plus haut niveau et que ce contrat d’un an aurait traduit le manque de confiance du staff envers les ouvreurs actuellement à sa disposition. Le pari aurait été risqué : passer du XIII au XV n’a rien d’une évidence, tant les exigences diffèrent entre les deux disciplines. Autre interrogation, et non des moindres : Luai a très peu buté au cours de sa carrière. Qui aurait endossé alors ce rôle ? Lonergan ? Sua’ali’i, qui s’y est déjà essayé en NRL ?
À XIII, le natif de Sydney possède un joli pedigree. Il compte 16 sélections avec les Samoa et a représenté les Blues à douze reprises en State of Origin.