Si on demande aux aficionados de la balle ovale de désigner le danger numéro 1 de l’Écosse, 90% d’entre eux nous citeront sans sourciller Finn Russell. Et à juste titre. Le numéro 10 de Bath est un génie de ce jeu, un magicien, capable de gestes rares sur un terrain. L’ancien racingman a débloqué bon nombre de situations et est le chef d’orchestre de cette équipe, c’est une évidence.
Nous ne leur donnerons pas tort, bien au contraire. Mais l’enfant de Bridge of Allan est aussi bien aidé par d’autres éléments d’exception. Parmi eux, Sione Tuipulotu et Huw Jones, qui forment une paire de centres aussi complémentaire que géniale.
La meilleure paire de centres au monde ?
On parlait à l’instant de complémentarité. Nous ne tomberons pas dans l’exagération en affirmant que ces deux-là forment peut-être l’association la plus solide du rugby mondial au centre du terrain. Déjà, les deux hommes se connaissent par cœur. Si Huw Jones (32 ans, 61 sélections) va bientôt poser ses valises du côté du RCT, celui-ci est de retour depuis 2022 aux Glasgow Warriors et évolue donc en club avec Sione Tuipulotu, arrivé de son côté en 2021. En plus de jouer côte à côte en sélections et en club, ces deux-là ont également eu la chance d’être alignés ensemble avec les Lions Britanniques, lors du premier test victorieux en Australie (19-27).
Tuipulotu le régulateur, Jones le dévoreur d’espace
Surtout, les deux joueurs se complètent par des profils différents. Sione Tuipulotu est devenu indispensable dans le système de Gregor Townsend. Et est justement l’un des dépositaires du jeu avec Russell. Souvent utilisé comme premier attaquant sur les lancements de jeu, le joueur de 29 ans est utilisé pour fixer la défense adverse. Dans ce cas-là, plusieurs solutions s’offrent à lui. Avec son gabarit de frigo américain (1m78, 104 kg), il peut garder l’ovale et donc créer un point de fixation en créant de l’avancée. Autre possibilité ? Servir à hauteur Huw Jones, qui arrive avec une course rentrante. Tuipulotu a plusieurs fois mis sur orbite son compère avec des “no look pass”, comprenez une feinte du regard pour finalement adresser une passe “pop” à son numéro 13.
Enfin, il existe aussi l’option Russell qui arrive dans le dos de Jones. Cette solution permet d’arrêter les défenseurs pour ensuite aller rapidement toucher les couloirs. Car on le sait, l’Écosse a une forte volonté de déplacer le ballon vers les extérieurs, dans un jeu de mouvement perpétuel. Et ça, les Bleus devront s’en méfier.
Vous l’aurez donc compris. Sione Tuipulotu est une pierre angulaire du système Gregor Townsend. Et n’allez pas le cantonner à un joueur puissant. Il dispose d’une palette technique très large et sait faire jouer derrière lui avec plusieurs offload. Le joueur d’origine australienne n’est pas non plus qu’un leader sur le terrain. Il est aussi devenu un homme écouté du vestiaire du XV du Chardon, régulièrement promu vice capitaine voire capitaine par son sélectionneur.
À côté de lui donc, Huw Jones. Un joueur qu’on ne présente plus et qui régale les amateurs du microcosme rugbystique depuis une décennie. Le futur Toulonnais est davantage un dévoreur d’espaces, un joueur capable de faire des différences par ses courses tranchantes. Et c’est là qu’il rayonne. Lorsque Tuipulotu est utilisé pour resserrer la défense, Jones lui, s’infiltre dans les intervalles. Véloce, doté de bons appuis, il a sorti une partie grandiose contre l’Angleterre. En témoignent ses deux essais, d’abord sur une merveille de passe voleyée de Russell puis après une course de 80 mètres suite à un drop contré sur Ford, pour sceller le sort de la partie.
Opéré et revenu d’une blessure au tendon d’Achille en janvier après pas loin de six mois sans jouer, Jones, peut-être le meilleur second centre de l’année 2025, est de retour au niveau qu’on lui connaissait. En face, avec le come-back de Yoram Moefana et Nicolas Depoortère, Fabien Galthié décidera-t-il d’aligner de nouveau les deux joueurs de l’UBB ou réitérera-t-il sa confiance au tandem Fabien Brau-Boirie-Émilien Gailleton ? Affaire à suivre, mais une chose est sûre : la paire de centres tricolores aura fort à faire face à la référence du rugby mondial. Mais nous avons entièrement confiance en nos Bleus qui rayonnent depuis un mois.