Mais qui arrêtera le RC Vannes cette saison ? Relégués de Top 14 à l’intersaison, les Bretons réalisent un exercice phénoménal à l’échelon inférieur. Leaders de Pro D2, les partenaires de Jonathan Ruru sont sur un rythme effréné, et comptent 99 points à cinq journées de la fin de la phase régulière. Même si cela semble compliqué, les pensionnaires de la Rabine peuvent battre le record de points sur une saison régulière détenu jusqu’à présent conjointement par Montauban et Lyon (117). Avec trente unités encore en jeu, rien n’est impossible pour une équipe qui écœure la concurrence.
Quoi qu’il en soit, avec 21 victoires, 1 nul et 3 défaites, Vannes est plus que jamais leader et compte même 18 points d’avance sur Colomiers, second. Un monde sépare le RCV du reste de la division.
Record battu et première historique à Agen
Surtout, la bande à Jean-Noël Spitzer a battu le nombre de matchs sans défaite sur une saison de Pro D2. Avec son large et impressionnant succès ce vendredi soir sur la pelouse d’Agen (22-49), le RCV a enchaîné une dixième victoire d’affilée.
Personne n’avait fait mieux dans l’histoire de la deuxième division. Ce record était justement détenu par Vannes (2023-2024) et Brive (2002-2003). Autre moment d’histoire, jamais le club ne s’était imposé à Armandie. Forcément, en conférence de presse, et dans des propos relayés par Midi Olympique, le talonneur Hayam El Bibouji appréciait : “Oui, on est contents parce que ça rentre dans l’histoire du club. Et aussi parce que Vannes n’avait jamais gagné à Agen. Donc oui, on était très contents. On savait aussi que le club n’avait jamais gagné ici. C’était le moment pour y gagner. Et voilà, on ne va pas se mentir, c’était un très gros match. C’était très rude.”
Et lorsqu’on lui parle du record de points sur une saison en Pro D2, le joueur de 24 ans ne cache pas son ambition : “Ce sont des choses qui nous motivent. On veut marquer l’histoire du rugby. Si on peut aller le chercher, on essaiera d’aller le chercher.”
Une montée en suspens
Pourtant, malgré cette ultra domination, Vannes n’est pas sûr de remonter en Top 14, son principal objectif. Car depuis la refonte du système, le premier de Pro D2, aussi souverain soit-il, n’accède plus directement à l’élite du rugby hexagonal et doit lui aussi se farcir des phases finales. Grenoble, Provence Rugby ou Mont-de-Marsan, tous leaders à la fin de la phase régulière ces dernières années, en ont fait l’amère expérience, se cassant les dents lors des matchs à élimination directe.
Forcément, cela a un côté injuste. Mais dans la semaine, Olivier Cloarec, président du club, ne se cherchait pas d’excuse, dans des propos repris par L’Équipe : “On peut avoir 10, 20 ou même 30 points d’avance, en fin de saison, on a ce système… À titre personnel, je trouve les phases finales exceptionnelles, il se passe vraiment quelque chose quand on traverse le pays pour jouer à guichets fermés. Mais toute la question est de savoir comment accompagner des nouveaux clubs et nouveaux territoires pour rester en Top 14.”
Le souci majeur reste de recruter des joueurs alors que l’incertitude règne. Le RCV se montre ambitieux, veut monter et souhaite pour cela attirer des joueurs de calibres Top 14. Pierre Popelin, déjà passé par les travées de La Rabine, Ugo Boniface ou Nathanaël Hulleu rejoindront le Morbihan la saison prochaine. Mais d’autres très bons joueurs ont décliné la proposition du board vannetais, de peur que le club se manque en phases finales et reste là où il se trouve actuellement. Olivier Cloarec précise, toujours pour le quotidien sportif : “On a discuté avec des joueurs de ce type, niveau top 6 ou top 8 du Top 14. Mais comment les attirer sans être sûr de jouer en Top 14 ? On a une ferveur et un environnement, autour du golfe du Morbihan, qui font que des joueurs se projettent. Mais est-ce qu’on peut leur garantir, malgré nos 20 points d’avance, qu’on jouera au plus haut niveau l’année prochaine ? Non, et c’est une grosse difficulté. On n’arrive pas à trouver les profils qu’on souhaite. Si on recrute maintenant, ça serait par défaut.”
Avant de poursuivre : “Dans tous les cas, on ne révolutionnera pas ce groupe. J’en suis fier. Faire ce qu’ils réalisent après une descente, c’est compliqué. On a de très bons joueurs, un collectif très fort qui se ressent sur le terrain. Mais ça, on l’avait déjà l’an dernier et ça n’a pas suffi. On va attendre la fin du Championnat, de voir ce qu’on va faire, et si par bonheur on gagne le 6 juin, il faudra 4 à 6 profils […] On arrive à recruter des très bons joueurs de Top 14, qui ont accepté, malgré ce risque, de signer à Vannes quelle que soit la division dans laquelle nous évoluons. Mais d’autres ne veulent pas prendre ce risque, et on peut le comprendre.”
Le président l’assure, le RCV veut aller chercher les 30 millions de budget pour pérenniser le club en Top 14. Avant cela, il faudra valider une montée qui leur tend les bras. Sur le papier, les partenaires de Francisco Gorrissen ont tout pour réaliser une saison historique. On ne voit personne à leur hauteur, pas même des Brivistes qui reviennent bien avec un effectif pléthorique ou des Columérins enthousiastes. Les Bretons sont d’ailleurs déjà assurés de disputer les demi-finales. Mais on sait que sur un match, tout est possible.